Interview de Clément Gaillard x Temporama

Interview de Clément Gaillard x Temporama

Fondateur & Dirigeant, FREIO

Clément Gaillard aborde la transition écologique de nos villes avec un regard profondément singulier. Fort d'une formation initiale en design et d'une thèse dédiée à l'histoire de l'architecture bioclimatique, il milite pour une approche transversale où l'humain et le climat dictent les règles de l'aménagement urbain. Face à une urbanisation galopante qui dévore 20 mètres carrés de sol chaque seconde, il a fondé Freio. En rejetant l'étiquette trop technique de simple bureau d'études, il se positionne comme un accompagnateur stratégique qui intègre les enjeux de confort et de rafraîchissement dès les toutes premières esquisses d'un projet. Auteur du livre Bioclimatique, ce passionné nous invite à repenser notre rapport au bâti en tirant les leçons des pratiques ancestrales pour mieux affronter les canicules de demain.
"L'architecture et l'urbanisme doivent jouer un rôle de leadership et être une solution par la création de villes capables de soutenir la vie humaine tout en préservant les écosystèmes"

CONSTRUCTION

Pouvez-vous vous présenter, ainsi que les influences qui vous ont préparé à votre rôle actuel dans le domaine de l'urbanisme et de la conception bioclimatique ?

Mon parcours académique débute à l'ENS Cachan, où je me spécialise en design. Mon intérêt pour les enjeux environnementaux s'est renforcé lors de ma formation en « Alternatives Urbaines », axée sur les problématiques de l'anthropocène et l'écologie en urbanisme. Influencé par des architectes comme André Ravéreau et Gilles Perraudin, je me suis familiarisé avec la conception bioclimatique, un domaine que j'ai approfondi lors de ma thèse.

Cependant, j'ai ressenti une frustration face à une formation en design parfois déconnectée des aspects techniques. Bien que je ne sois pas ingénieur, j'ai cherché à combler cette lacune en intégrant des connaissances en thermique et ingénierie dans ma pratique. Ma formation en design me permet d'adopter une approche humaine et intégrée des questions de confort et d'usage.

Aujourd'hui, je prône une vision transversale des enjeux climatiques, reliant urbanisme et aménagement intérieur. Je pense qu’il faut insister sur le fait que l’adaptation au changement climatique passe aussi par une réappropriation de savoirs et de modes de vie aujourd’hui oubliés, c’est donc aussi une question culturelle. Pour moi, il est crucial d'éviter la fragmentation des rôles dans le bâtiment, afin de répondre de manière cohérente aux défis climatiques, tout en valorisant le confort des utilisateurs et la durabilité des constructions.

Vous avez créé le bureau d’étude Freio. Quelle est selon vous la place d’un tel acteur dans le paysage immobilier actuel ?

Je considère que notre rôle est important dans l'immobilier actuel, notamment face aux enjeux climatiques. Nous visons à sensibiliser et à accompagner divers acteurs, des promoteurs aux municipalités, sur la prise en compte des facteurs climatiques le plus en amont possible dans les projets.

Je suis cependant réticent à l'appellation "bureau d'études", qui suggère souvent une approche trop technique, rendant les analyses difficilement accessibles. Mon ambition est de collaborer dès le début des projets dans une approche transversale. Il est essentiel d'intégrer les considérations climatiques dès les phases initiales de conception. Trop souvent, les bureaux d'études interviennent tardivement, entraînant des erreurs de conception qui nuisent à la viabilité et au confort des bâtiments.

Freio s'efforce de changer cette dynamique en rendant notre expertise accessible dès le départ, afin que les concepteurs et maîtres d'ouvrage prennent en compte les éléments climatiques dans leur réflexion. Notre objectif est de contribuer à des projets qui respectent l'environnement et améliorent la qualité de vie des usagers avec des stratégies simples et éprouvées.

Quel est le projet marquant qui illustre votre travail en matière de conception bioclimatique et de lutte contre les îlots de chaleur urbains ?

Je peux citer un projet réalisé l'année dernière pour la mairie d'Arles et la DRAC PACA, portant sur le centre historique de cette ville au riche patrimoine. Arles, connue pour ses arènes romaines et son climat méditerranéen, se trouve sous un plan de sauvegarde et de mise en valeur du patrimoine (PSMV) qui rend toute modification, même mineure, très réglementée.

La mairie souhaitait installer des fontaines sur une place pour améliorer le confort des espaces publics, mais cette initiative a été rejetée par l'architecte des bâtiments de France, car ces fontaines n'avaient pas d'antécédents historiques. Ce contexte a conduit à une étude sur l'adaptation des centres anciens aux enjeux du changement climatique, réalisée sous un format de résidence architecturale. Pendant plusieurs sessions de deux semaines, nous avons séjourné sur place, interagi avec les habitants et mené des recherches approfondies.

Nous avons réalisé des simulations d'ensoleillement, mesuré les températures et exploré les archives dans lesquelles nous avons retrouvé des anciennes cartes postales qui montraient comment la ville se protégeait de la chaleur avant l'ère de la climatisation.

Ce projet a également permis d'explorer des notions d'identité et de mode de vie, les habitants se remémorant des pratiques anciennes comme le fait de "s'encabaner", c'est-à-dire de fermer les volets durant la journée pour se protéger de la chaleur. C'était une expérience enrichissante qui a révélé l'importance d'apprendre du passé pour concevoir des solutions durables face aux défis actuels.

DÉCONSTRUCTION

Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels les métiers de l'architecture et de l'urbanisme sont actuellement confrontés ?

Les métiers de l'architecture et de l'urbanisme font face à des défis majeurs. Il est impératif de privilégier la rénovation plutôt que d'étendre l'urbanisation, qui grignote continuellement nos espaces. Chaque seconde, 20 mètres carrés disparaissent, illustrant l’urgence de cette problématique.

Bien que la rénovation permette une approche ciblée au cas par cas, elle pose des défis complexes, notamment en ce qui concerne l'orientation des bâtiments, qui peut influencer le confort thermique, surtout lors des vagues de chaleur. Des initiatives, telles que celles de la Fondation Abbé Pierre, mettent en lumière ces enjeux en s'attaquant aux logements devenus insupportables à cause de la surchauffe estivale.

Un autre défi consiste à densifier nos villes pour limiter l'étalement urbain. Cela implique de trouver un équilibre entre l'augmentation de la densité urbaine, la lutte contre les îlots de chaleur, et la préservation de la biodiversité. Ce sont des questions complexes et interconnectées.

En parallèle la crise du logement doit également être abordée en tenant compte de la sous-occupation de certains biens, notamment avec le nombre croissant de résidences secondaires en France.

Enfin, les défis liés à la mobilité et à la revitalisation des villes moyennes et des villages ne doivent pas être négligés. L'urbanisme est un domaine où chaque sujet entraîne une multituded'autres enjeux. Pour moi, la rénovation et la densification des villes sont vraiment au cœur des préoccupations actuelles.

Votre thèse a porté sur la conception bioclimatique en France et aux États-Unis. Quelles différences majeures avez-vous observées entre les deux pays concernant l’adoption de ces pratiques ?

Ma thèse s'est principalement concentrée sur une perspective historique de la conception bioclimatique, donc je ne suis pas entièrement au fait des développements récents. Cela dit, il est important de ne pas trop opposer les deux pays. La France est très avancée sur de nombreux aspects environnementaux, avec une réglementation rigoureuse concernant les enjeux climatiques. Le sujet est largement discuté, notamment en Europe, alors qu'aux États-Unis, l'approche est souvent plus marginale.

Historiquement, un point intéressant à relever est l'impact de la Seconde Guerre mondiale sur la climatologie aux États-Unis. À cette époque, près de 7000 climatologues ont été mobilisés pour aider à la planification militaire. À la fin de la guerre, ces experts se sont retrouvés sans emploi et ont cherché à appliquer leurs connaissances à d'autres domaines, y compris le bâtiment. Dans les années 50, un projet majeur, le Climate Control Project, a émergé. Ce programme, lancé par le magazine House Beautiful, visait à explorer comment adapter les maisons aux différents climats américains pour réduire les coûts de chauffage et de climatisation, en réponse aux pénuries post-guerre.

La différence d'approche entre la France et les États-Unis réside dans la manière dont les outils et les informations sont diffusés. Aux États-Unis, des vecteurs de communication efficaces ont permis la large dissémination des pratiques bioclimatiques, notamment grâce à des logiciels de simulation thermique accessibles. En Californie, par exemple, des outils d'analyse climatique gratuits sont disponibles pour le secteur tertiaire et le logement. La capacité à atteindre un public varié par divers canaux, tels que les magazines de décoration, constitue un facteur déterminant, tout comme l'impact fluctuant des prix de l'énergie sur l'intérêt pour les questions climatiques dans les deux pays.

Comment évaluez-vous l’action des pouvoirs publics dans le secteur de la construction en matière de lutte contre le changement climatique ?

L'action des pouvoirs publics dans le secteur de la construction face au changement climatique montre des progrès, mais aussi des défis. Des initiatives comme le rapport Paris à 50 degrés et les plans d'urbanisme bioclimatiques de certaines villes, par exemple, vont dans la bonne direction. Il est également positif de voir des maires du sud de la France refuser des permis de construire sans garantie d'approvisionnement en eau pour de nouveaux projets, ce qui reflète une prise de conscience croissante.

Cependant, la véritable question est de savoir quelle priorité le climat a dans l'agenda des élus, souvent éclipsé par des préoccupations comme la sécurité ou l’attractivité économique. La situation est compliquée par la nécessité de concilier construction de logements sociaux et protection de l'environnement.

Les messages politiques contradictoires rendent ce défi encore plus complexe. Chaque ville ayant des caractéristiques climatiques spécifiques, les règles doivent être adaptées localement. C'est à ce niveau que les municipalités peuvent réellement impacter la situation, en repensant les politiques en fonction des réalités locales plutôt qu'à une échelle nationale.

La réhabilitation est l’un des enjeux les plus importants de nos secteurs aujourd’hui. Que pouvons-nous apprendre de ce que nous avons déjà construit et réhabilité pour améliorer notre approche de la conception ?

Depuis l’introduction de la première réglementation thermique en 1974, notre vision des bâtiments s'est souvent concentrée sur la conservation de la chaleur, négligeant le rafraîchissement. Cela se reflète dans nos réglementations qui privilégient l'isolation thermique sans accorder suffisamment d'importance à la protection solaire, essentielle pour le confort intérieur, surtout en été.

Historiquement, les constructions s'adaptaient mieux aux variations de température. Par exemple, les maisons rurales d'il y a un siècle étaient conçues avec des chambres d'été et d'hiver, permettant une adaptation saisonnière. Aujourd'hui, la réhabilitation moderne tend à limiter les espaces à des fonctions uniques, alors qu'il serait bénéfique de créer des ambiances flexibles, permettant de s'adapter aux saisons et aux besoins des occupants. Des agences comme TAKK Architecture en Espagne montrent qu'il est possible de concevoir des espaces distincts pour l'été et l'hiver, offrant des solutions adaptables. Leur rénovation 10K house en est un exemple.

Des méthodes d'isolation innovantes, comme l'isolation mobile, qui existait dans plusieurs pays, pourraient être réévaluées. L’idée est d’installer des tentures, des tapis ou des rideaux en période hivernale et de les retirer en été pour bénéficier de l’inertie thermique des matériaux lourds. Ce type de solution est expérimenté par l’association Zerm dans certaines réhabilitations. On a oublié le fait que les rideaux permettent d’atténuer la sensation de paroi froide à proximité des vitrages en hiver. Les volets extérieurs sont utiles en été, mais aussi en hiver car ils améliorent légèrement l’isolation thermique de l’ouverture s’ils sont fermés.

Il est essentiel de réexaminer notre approche de la conception en intégrant des pratiques anciennes et des méthodes novatrices. L'isolation ne devrait pas être synonyme de rigidité, mais plutôt être dynamique et adaptable, ce qui pourrait améliorer le confort tout en répondant aux défis climatiques actuels.

Comment la formation des microclimats urbains est-elle aujourd’hui prise en compte dans les politiques d’aménagement du territoire ?

La prise en compte des microclimats urbains dans les politiques d’aménagement du territoire reste insuffisante. Prenons par exemple la question du vent. Nombreuses sont les personnes qui évitent leurs terrasses nord à Avignon à cause du mistral, ce qui montre que les enjeux climatiques sont souvent négligés. Les architectes conçoivent souvent des bâtiments sans tenir compte des spécificités locales, comme les vents dominants, en se basant sur des approches abstraites facilitées par des outils numériques.

Il est crucial de sensibiliser à ces enjeux. Par exemple, il peut sembler paradoxal que sous un arbre, la température de surface d’un sol peut parfois être plus élevée qu'à l'air libre, ce qui s'explique par la difficulté pour la surface de l'arbre de rayonner sa chaleur. Cela remet en question l'idée que les arbres agissent toujours comme des climatiseurs naturels. Dans des secteurs comme l'agriculture, ou la viticulture, la compréhension des microclimats est essentielle, mais en urbanisme, même certains spécialistes ont une connaissance limitée des effets des microclimats sur le vent, il est impératif d'intégrer ces concepts dans leur formation.

Prenons l'exemple des brises marines, autrefois sources de fraîcheur dans des villes comme Rome ou Nice, elles ont été affaiblies par l'urbanisation, avec des constructions qui bloquent leur circulation. Cela souligne une perte de ce qui pourrait être un rafraîchissement gratuit et régulier, essentiel pour le confort des habitants.

RECONSTRUCTION

Comment voyez-vous la conception bioclimatique se développer à court et moyen terme, et comment pensez-vous que les architectes et urbanistes doivent s’en saisir pour apporter plus de durabilité dans l’immobilier et la construction ?

La conception bioclimatique est, selon moi, à un tournant crucial de son développement à court et moyen terme. Plutôt que d'alourdir les réglementations existantes, qui peuvent parfois donner lieu à des résultats incohérents, il serait plus judicieux d'axer nos efforts sur la sensibilisation et l'éducation des acteurs du bâtiment. Il est essentiel d'expliquer aux maîtres d'ouvrage, aux maîtres d'œuvre et aux étudiants en architecture que prendre en compte les éléments climatiques n’implique pas nécessairement des coûts supplémentaires. Au contraire, cela peut engendrer des économies significatives en matière de chauffage, de refroidissement et de confort pour les occupants.

Je crois qu'il serait utile d'intégrer des exigences climatiques dans les appels d'offres, notamment en fournissant des notes explicatives sur l'orientation des bâtiments en fonction des vents et du soleil, ainsi que sur les choix architecturaux réalisés pour limiter les ouvertures exposées à l'ouest. De plus, fournir des données climatiques et des outils d'analyse dans les Plans Locaux d'Urbanisme (PLU) aiderait les architectes à intégrer ces considérations dès le départ dans les dossiers d'appel d'offres.

Enfin, il est fondamental de promouvoir une culture de durabilité au sein des instances de contrôle des permis de construire. Des initiatives simples, comme le principe du 3-30-300 pour la répartition des espaces verts, devraient être encouragées, car elles contribuent non seulement à la durabilité environnementale, mais aussi au bien-être des habitants. Les architectes et urbanistes doivent ainsi adopter une approche proactive pour intégrer ces principes et relever les défis du changement climatique tout en créant un cadre de vie durable.

Que pensez-vous du biomimétisme et comment peut-il, selon vous, contribuer à transformer le visage des villes de demain ?

J'ai certaines réserves concernant le biomimétisme. Bien que séduisante au premier abord, cette approche peut parfois se limiter à une imitation superficielle des formes naturelles, sans en comprendre la véritable essence fonctionnelle. Comme l’a dit Le Corbusier : “ce n’est pas en imitant l’oiseau qu’on a inventé l’avion.” En effet, les premières créations d’avions ont échoué lorsqu'elles ont tenté de reproduire le mouvement des ailes.

Le biomimétisme peut facilement dériver vers une simple recherche esthétique, où des bâtiments imitent des formes naturelles sans garantir leur efficacité. Cependant, il existe des exemples inspirants, comme ceux où des ingénieurs qui s'inspirent des termitières, qui sont des structures remarquables pour leur capacité à réguler la température et à ventiler naturellement, afin de concevoir des systèmes de ventilation efficaces. Cela montre qu'il est possible d'aborder le biomimétisme de manière technique, en étudiant les principes physiques plutôt que de se focaliser sur l'apparence.

Pour moi, il est essentiel de rechercher la robustesse dans les systèmes, comme le souligne le biologiste Olivier Amand dans La troisième voie du vivant. Les systèmes naturels, bien que non optimaux, sont souvent robustes. Ainsi, pour transformer nos villes de demain, il est crucial d’intégrer des solutions qui allient fonctionnalité, durabilité et respect des équilibres environnementaux.

Y a-t-il selon vous une transformation majeure à opérer dans le rapport que nous entretenons entre habitat, bâti et environnement ? Si oui, de quelle façon ? À quel horizon ?

Oui, il est crucial d'opérer une transformation majeure dans notre rapport entre habitat, bâti et environnement. Cela passe par une reconnexion avec les éléments naturels. Historiquement, des métiers comme ceux des meuniers, qui s'appuyaient sur le vent, soulignent l'importance de respecter notre climat et de mieux comprendre notre environnement ; cette connaissance est quelque chose que nous devons redécouvrir aujourd'hui.

Nous assistons à un mouvement de retour aux sources où les individus cherchent à mieux interagir avec leur cadre de vie. Cela peut passer par une meilleure conception des bâtiments, qui doivent devenir des outils de compréhension de notre climat. Par exemple, dans les maisons passives, des résidents ont pu déterminer la couverture nuageuse nocturne simplement en se basant sur la température intérieure. Conçu par Peter Rice, le Théâtre de la pleine lune dans les Cévennes, par exemple, utilise la lumière lunaire pour éclairer la scène, soulignant l'importance des cycles naturels dont nous devrions tenir compte dans notre conception architecturale.

D'un point de vue plus pragmatique, il est crucial de concevoir des habitats résilients face au changement climatique, en intégrant des systèmes de récupération d'eau, en privilégiant des matériaux biosourcés et en explorant des solutions innovantes pour s'adapter aux enjeux environnementaux. Ce changement doit se faire dès maintenant et sur le long terme. Nous devons agir collectivement pour que les bâtiments de demain soient des reflets de notre compréhension des cycles naturels et de notre engagement envers la planète.

Si vous étiez nommé responsable de la transformation durable du secteur de l’immobilier, quelles initiatives prendriez-vous immédiatement ? Quelles seraient les pratiques à bannir immédiatement ?

Mes premières initiatives seraient résolument orientées vers la protection des sols et la préservation des espaces verts. Je plaiderais pour une protection par défaut de tous les espaces verts, avec des exceptions analysées au cas par cas, et je mettrais en place des normes strictes pour conserver la biodiversité urbaine, avec, par exemple, la plantation de haies, qui jouent un rôle essentiel dans l'écosystème urbain.

La formation des professionnels du bâtiment serait également cruciale. Il est essentiel de former les maçons et autres artisans à l’utilisation de matériaux biosourcés et durables, car beaucoup se limitent encore à des matériaux conventionnels. Il faut les sensibiliser à des options comme la brique de terre crue pour une construction durable.

Je m'attaquerais aussi à la sous-utilisation des logements, en repensant l'occupation des sols pour faciliter l’accès à un logement décent pour tous, tout en préservant la biodiversité. Aujourd’hui, le parc immobilier existant est inégalement réparti, ce qui crée des difficultés d'accessibilité, notamment pour les jeunes.

Enfin, parmi les pratiques à bannir, je citerais l'abattage inconsidéré des arbres et la destruction des haies. Ces actions nuisent non seulement à notre patrimoine végétal, mais compromettent également la biodiversité. Il est impératif de changer notre perspective sur ces éléments naturels et de les intégrer dans notre stratégie de développement urbain. En somme, il est temps de mettre l'accent sur une approche durable qui valorise à la fois l'environnement et le bien-être des habitants.

Quelle est votre ambition avec le livre “Bioclimatique” et que voulez-vous que ses lecteurs en retiennent ?

Mon ambition avec le livre Bioclimatique est d'offrir une nouvelle perspective sur la conception bioclimatique. Bien que ce sujet ait déjà été abordé, je souhaite y apporter un regard différent, en mettant l'accent non seulement sur l'optimisation énergétique, mais aussi sur les défis du rafraîchissement dans le contexte du changement climatique.

Ce livre, concis et accessible, vise à toucher un large public, qu'il s'agisse de constructeurs, de professionnels du bâtiment ou simplement de curieux. Je veux que les lecteurs saisissent l'importance d'intégrer le climat dans nos réflexions sur la construction et l'urbanisme. En établissant des liens avec d'autres disciplines comme l'agriculture, j'espère montrer que cette prise en compte est essentielle pour créer des bâtiments économes tout en améliorant notre qualité de vie.

Mon souhait est que ce livre inspire une approche positive, où la conception bioclimatique dépasse les aspects techniques pour enrichir notre relation à l'environnement et notre expérience de vie. En somme, j'aimerais que les lecteurs voient la conception bioclimatique comme un moyen de mieux s'harmoniser avec leur climat, tout en appréciant la beauté et le confort qui en découlent.

La question de la fin : à quel acteur donneriez-vous la parole pour s’exprimer sur les enjeux du mieux construire ? Des thèmes particuliers sur lesquels il devrait s’exprimer selon vous ? Pourquoi lui/elle ?

Je donnerais la parole à Sabine Barles, ma directrice de thèse, qui est ingénieure et historienne des techniques, spécialisée dans le métabolisme urbain. Elle analyse la ville comme un système dynamique de flux de matières et d'énergie, ce qui est crucial pour comprendre l'impact matériel de nos constructions. Son travail sur la gestion des déchets urbains, notamment la récupération d'éléments essentiels comme l'azote et le phosphore, pourrait offrir des solutions innovantes pour un urbanisme durable.

Il serait également pertinent d'écouter des experts de disciplines variées, comme des botanistes tels que Véronique Mure ou Caroline Mollie, pour intégrer davantage le monde végétal dans nos environnements urbains.

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